Au détour d'une coulée qui serpente entre les arbres, Antoine entre sur scène et tombe nez à nez avec un immense Oiseau, qui semble échanger silencieusement avec une grenouille. Il les observe, cherchant à comprendre ce à quoi il est en train d'assister. Lorsque l’Oiseau sursaute en l’apercevant.
Oiseau *croasse* — AAAAANTOINE !
Antoine sursaute et le révèle du faisceau de sa lampe torche.
Oiseau — Que fais-tu là ?
Antoine marque une pause, il n'aurait pas pensé que l'oiseau parlât.
Antoine — Je cherche l’heure. Est-ce que vous l’auriez vue passer ?
L’Oiseau hulule avec douceur, il semble bienveillant.
Oiseau — Ohlalalala Antoine, je crois que vos idées vous ont dépassé.
Antoine — Mais le temps, c’est tout sauf une idée… c’est pas forcément mon genre de faire attention aux échéances, mais c’est tout de même rassurant de savoir où on marche… savoir quand le cours se finit, quand il faut sortir la brioche du four, quand le train va partir… Ou bien, en l'occurence, pour savoir combien de temps il nous reste.
Oiseau — Une dépendance. Tu manques d’air pendant que la nature nous nourrit de ses expirations. Déjà avant la disparition des horloges, tu t'asphyxiais en permanence à l'idée que l'heure ne sonne. Tu t'asphyxies, et nous, nous respirons au rythme des apoptoses.
Antoine — Tout cela ne vous fait donc pas peur ? Vous n'avez pas peur, vous peuple de la nature vivante, de ne plus vivre bientôt ?
Oiseau — Je ne sais pas. Qu'en penses-tu ? Est-ce que tu trouves que je suis en vie ?
Nous autres, n’avons pas à nous en soucier, nous mangeons ce qui sûrement nous mangera et nous dormons dans les mêmes nids de boue depuis plusieurs ères. Je crois qu'un ancêtre à moi a eu l'idée du nid en observant un cratère stérile quelque part sur la Terre juvénile. Nous autres, grands oiseaux muets, avons toujours eu tout le temps de nous faire. J'ai déployé mes ailes dès le temps qu'une particule d'eau a voulu s'habiller de carbone.
Il marque une pause.
Oiseau — Mais pour toi, le bruit du « Tic Tac » t’appelle encore et toujours. Tu courras, toujours tu courras après lui. Peut-être retrouveras-tu cette malheureuse mélodie…
Antoine — La mélodie... je commence enfin à avoir peur, L'Oiseau.
Oiseau — Est-ce l'animal en toi qui a peur ? Ou ce qui vit à travers l'animal ?
Ce que tu cherches est presque sous tes yeux. Encore faut-il que tu sois prêt à le voir. Laisse toi porter.
Noir progressif sur le mot « porter », l’oiseau quitte la scène discrètement et Antoine se retrouve seul.
Antoine — Attendez j’ai une dernière question…
Antoine braque sa lampe torche sur le piédestal de l’Oiseau. Celui-ci a disparu. Il se rend compte qu’il est complètement seul et se met à chercher son chemin.